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Les larmes s'écrasent sur le carrelage gris de la salle de bains. Je ne pleure pas, je ne sais comment c'est possible mais elles sortent sans que je ne sache pourquoi. La fatigue me tourne la tête jusqu'à la nausée. Trop secouée de convulsions sans fin, je cherche le calme dans le silence d'une nuit détestable. Trois heures et demie et je ne peux plus dormir. Je n'arrête pas de penser, d'y penser et ne de plus comprendre.
Subitement rétrogradée des années plus tôt. L'amour déchirant, éclatant et plus grand que tout ce que j'ai connu. Les pleurs de ne pas savoir, le manque incessant. Les lettres qui partent toutes les semaines avec l'espoir qu'un jour, on me répondra. Les ruses et les feintes, les excuses pour trouver un téléphone avec lequel appeler. Les fausses promenades pour aller poster mes courriers. Les rêves et les réveils en sueur. La résignation de me dire qu'il ne viendrait jamais. L'amour à l'extrême. Toujours. Et le devoir de protéger toujours ce trésor qui grandit à l'intérieur de moi. Les plans de batailles tortueux pour réussir à m'échapper un jour dans un train et enfin découvrir ce que j'attends depuis trop longtemps maintenant. Le petite morceau de papier caché dans un recoin de mon sac avec une adresse que je connais déjà par coeur. Un numéro de téléphone que je récite tous les jours, comme s'il était mon seul espoir. La peur au ventre qu'on m'en enlève ma force la plus profonde.
Le temps qui passe, je sais maintenant que plus rien n'arrivera. Et je m'en fous. Je suis gardienne de l'entrée du paradis, de la grotte au trésor de pirate et même si personne ne viendra je resterais là jusqu'à la fin.
Et enfin, après deux ans et demi de silence, un rêve qui se réalise. Une rencontre d'ascenseur. Un premier regard, un premier sourire, un premier baiser. Une histoire qui se construit après tant de soupirs déchirés.
La suite... la suite sans explications. La peur, l'incompréhension. Les malformations de mon coeur se retournent contre moi. L'abandon. Les pleurs encore. L'incertitude. Et le départ. Enroulé autour de raisons qui ne se tiennent pas.
Forcée de me persuader que ça n'ira pas. Que je ne pourrais pas y croire. Plus après tout ce temps.
Comment fait on pour guérir de l'amour qu'on a perdu ? Maintenant que les murs se sont construits autour de ce qu'on avait de plus précieux ? Ma prison est en verre doré.
Je suis faite de la même matière que les rêves.
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