Courant d'air | Bloguez.com

21/5/2011 -

Début de la fin.

 

J'ai fermé les yeux.
Et je suis repartie.

Je suis toute petite, mes cheveux sont blonds.
Et tellement longs. Je m'asseois dessus à chaque fois, je ne peux pas aller à la piscine
sans les attacher avec quatres élastiques sinon je me noie dedans.
Je travaille beaucoup et j'aime lire. Tout le temps.
Il y a une peluche sur mon lit qui me fait peur. Alors tous les soirs je la cache sous la couette.
Je ne la jette pas parce que je suis sûre que si je le fais, elle reviendra dans la nuit pour me faire peur.
C'est un lit superposé et juste en dessous est couchée ma petite soeur.
Je lui dis qu'en fixant le plafond très fort dans le noir on peut apercevoir des petites étoiles
de toutes les couleur. Et je le crois très fort puisque je les vois.
Une simple illusion d'optique, je ne sais pas mais je les vois.
Et je me dis ce jour-là qu'on peut voir beaucoup de choses qui n'existent pas.

Je me lève toutes les nuits en pleurs et je vais m'asseoir dans le couloir pour que ma
maman m'entende pleurer, pour qu'elle sache à quel point j'ai peur la nuit.
J'ai peur parce que j'ai vu aux informations qu'un monsieur a été arrêté pour avoir
violé et tuer plusieurs petites filles. Et que je crois que très bientôt, on m'enlèvera à mon tour.

Je vais me cacher dans les toilettes tard le soir pour lire, parce que je n'en ai jamais assez de lire.
Je lis des histoires de princesses, je lis le programme télé et le botin téléphonique.
Je lis les étiquettes des paquets de gâteaux et des emballages de bouteilles.
Je dis à ma maman que la bouteille d'eau s'appelle Evian.
Elle me regarde l'air étonné. Parce que je ne devrait pas savoir lire à mon âge.

Je me retrouve dans une salle d'école, avec deux maîtresse qui me font passer des tests bizarres.
Et à la fin, on me donne un chocolat. Un ferrero rocher. Le premier de toute ma vie.
J'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de bien.
Et on m'explique que je vais aller dans une classe de grands, parce que je n'ai pas besoin de
faire celle des petits. Je n'y comprends rien, je n'aime que le chocolat qu'on me donne.

Je me retrouve dans la classe de mon frère. Avec tout plein de grands.

C'est la classe de sixième. Avec des grands encore plus grands.
Cette fois, définitivement je ne comprends plus rien aux gens qui m'entourent.
Frédérique, à côté de moi, me dis qu'il sort avec Nelly.
Je lui demande s'ils sortent pour faire des jeux ou regarder des dessins animés.
Il me regarde et se moque. Il rigole et je ne comprends pas.
J'apprends ensuite que sortir avec quelqu'un, c'est être amoureux, se faire des bisous sur la bouche.
Je n'aime pas ça.
Je travaille beaucoup toujours, et j'ai tout plein de bonnes notes. Du coup, je n'ai plus d'amis.
Et je ne comprends pas. Pourquoi être une bonne élève empêche d'avoir des amis ?

Classe de cinquième. Les autres me demandent d'aller voir les professeurs et de demander
que je n'ai plus de traitement de faveur parce que je suis intelligente. J'y vais et je me sens honteuse
de réussir à l'école. J'ai une amie. Céline. Je crois qu'elle m'aime bien. Elle m'invite à aller chez elle et on
fait de la pâte à modeler. Je l'aime beaucoup. On s'appelle des fois le soir. On parle de plein de choses.
Je ne peux pas aller dormir chez elle parce que j'ai trop peur d'être loin de ma maman.
Un jour, elle vient s'asseoir à côté de moi et me dis qu'elle me déteste. Parce que ses parents
voudraient qu'elle soit comme moi, qu'elle travaille mieux à l'école. Elle me dit des choses méchantes.
Après, tous les gens de ma classe me détestent. On me tape dessus, on m'insulte.
Je passe beaucoup de temps à l'infirmerie parce que j'ai peur de ces gens qui m'en veulent pour des choses
que je n'ai pas fait.

Classe de troisième. Mes notes ont baissé. J'ai deux amies, Virginie et Cyrielle. Elles sont souvent ensemble,
j'ai peur de déranger. Et Sophie. Sophie qui est ma meilleure amie. J'économise mon argent de poche pendant
quatre mois pour lui acheter l'album de musique qu'elle veut tant. Et je lui offre enfin pour son anniversaire.
Il s'appelle Guillaume. Il est assis à côté de moi en cours. Il passe sa main sur ma jambe, remonte et s'arrête à un endroit
où il ne devrait pas. Une fois, deux fois, plusieurs fois. Je ne dis rien parce que je ne sais pas ce qu'il faut dire.
Un jour à la sortir du cours de sport, le gymnase est désert. Il me pousse par terre, se couche sur moi et essaie
de mettre ses mains. Il me touche. Je me débats. Et m'enfuis.
Sophie ne me parle plus. Et ne m'explique pas pourquoi.
Une fille veut me frapper parce que je l'ai regardé dans les yeux.
On se moque de moi parce que je n'ai pas le corps d'une femme.
Mes cheveux ne sont plus longs. Je les ai coupé parce qu'on m'a dit que c'était ridicule.
J'ai des rêves par centaines. Des rêves de petite fille, de princesse.
Des rêves qu'il a fallu préserver tout au fond d'une minuscule coquille.

Des rêves qu'il a fallu oublier parce que le monde ne les accepte pas.

Voilà des prénoms. Voilà tout plein de prénoms, moi qui n'en cite jamais un seul.

Ce n'est qu'une confession sans importance.

Elle est au fond de moi. Cette petite fille qui croit toujours aux lumières le soir.
Qui croit toujours qu'il suffit de lire pour comprendre et pour apprendre.
Qui pense que les garçons sont dangereux. Qui croit que la nuit on viendra la prendre pour l'emmener loin.
Qui cherche une amie, une vraie avec laquelle elle pourra tout partager.
Qui veut toujours bien réussir pour que ses parents soient fiers. Qui veut tout rater pour être acceptée.
Qui se sent mal dans un corps tout bizarre.
Qui ne comprends rien à la vie.
Qui voudrait juste se lever le matin et partir à la conquête d'un monde qui n'existe que dans les yeux
de ceux qui en rêvent aussi.
Elle est enterrée sous des gravas immenses et impénétrables. Des morceaux de pierre froide qui sont tombés
sur un coeur qui ne demandait rien d'autre que de l'oxygène pour vivre.
Je l'entends qui crie. Et je ne l'écoute pas parce que je sais que si elle sort, le monde la tuera.
De temps en temps, je lui accorde le droit d'aller courir dans un tout petit jardin protégé par
des murs très hauts et très épais, en sachant qu'elle ne verra pas ce qui se passe autour et que personne
ne viendra lui faire de mal. De temps en temps je lui laisse essayer une belle robe et tourner vite pour que
le tissus vole dans le vent.

Je sais qu'elle s'étouffe et qu'elle me réclame la liberté.
Je sais qu'elle chante en faisant de la peinture et qu'elle danse sur des musiques
toutes douces.
Je vais aller la chercher.
Je vais la laisser sortir.
Je veux qu'elle vive et si elle meurt, elle aura au moins eu le droit de sentir
le vent sur son visage.
Je vais ouvrir la porte. Et si elle trouve un chemin au milieu de tous ces débris qui encombre
la sortie, alors qu'elle s'y engouffre.
Je lui offre la vie qu'elle demande.

Fin de l'histoire. Je termine ce blog ici.
Cette petite fille n'aurait jamais eu toutes ces souffrances à raconter.
C'est son histoire à elle maintenant.
Je lui donne ma plume.
Que sa vie soit belle.

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21/5/2011 -

Stay safe. Don't try this.

 


Court et court sans s'arrêter.
A la pointe de l'évanouissement.
Tombe, écorche ses genoux et repars.
Court, ne s'arrête plus pour prendre le temps de respirer.
Une rue, deux peut être trois, ne sait plus à quel endroit il va falloir stopper la course.
Bouscule les gens en s'excusant du bord des lèvres.
Traverse la rue en manquant de se faire renverser une bonne dizaine de fois.
Et court encore.
Toujours.
Le soleil ne brille plus et le vent souffle de plein fouet contre son visage.
Pour ralentir.
Rien ne ralentit.
Effrénée comme si le diable était à ses trousses.
Se retourne et voit le chemin parcouru.
Regarde devant.
Ne reste qu'une centaine de mètres.
Le coeur ne tiendra plus longtemps et tant pis.
Vingt mètres.
A tout rompre.
Dix mètres.
En pleurs.
En sang.
Enfin.
Je t'aime.
Et tombe.
S'écroule comme un château de cartes contre le vent.
Aperçoit dans un dernier souffle un sourire.
Et le noir.
Plus rien.

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21/5/2011 -

Double vitrage.

 


Les larmes s'écrasent sur le carrelage gris de la salle de bains.
Je ne pleure pas, je ne sais comment c'est possible mais elles sortent sans que je ne sache pourquoi.
La fatigue me tourne la tête jusqu'à la nausée.
Trop secouée de convulsions sans fin, je cherche le calme dans le silence d'une nuit détestable.
Trois heures et demie et je ne peux plus dormir.
Je n'arrête pas de penser, d'y penser et ne de plus comprendre.

Subitement rétrogradée des années plus tôt.
L'amour déchirant, éclatant et plus grand que tout ce que j'ai connu.
Les pleurs de ne pas savoir, le manque incessant.
Les lettres qui partent toutes les semaines avec l'espoir qu'un jour, on me répondra.
Les ruses et les feintes, les excuses pour trouver un téléphone avec lequel appeler.
Les fausses promenades pour aller poster mes courriers.
Les rêves et les réveils en sueur.
La résignation de me dire qu'il ne viendrait jamais.
L'amour à l'extrême.
Toujours.
Et le devoir de protéger toujours ce trésor qui grandit à l'intérieur de moi.
Les plans de batailles tortueux pour réussir à m'échapper un jour dans un train
et enfin découvrir ce que j'attends depuis trop longtemps maintenant.
Le petite morceau de papier caché dans un recoin de mon sac avec une adresse que
je connais déjà par coeur.
Un numéro de téléphone que je récite tous les jours, comme s'il était mon seul espoir.
La peur au ventre qu'on m'en enlève ma force la plus profonde.

Le temps qui passe, je sais maintenant que plus rien n'arrivera.
Et je m'en fous.
Je suis gardienne de l'entrée du paradis, de la grotte au trésor de pirate et même
si personne ne viendra je resterais là jusqu'à la fin.

Et enfin, après deux ans et demi de silence, un rêve qui se réalise.
Une rencontre d'ascenseur. Un premier regard, un premier sourire, un premier baiser.
Une histoire qui se construit après tant de soupirs déchirés.

La suite...
la suite sans explications.
La peur, l'incompréhension. Les malformations de mon coeur se retournent contre moi.
L'abandon.
Les pleurs encore.
L'incertitude.
Et le départ.
Enroulé autour de raisons qui ne se tiennent pas.

Forcée de me persuader que ça n'ira pas.
Que je ne pourrais pas y croire.
Plus après tout ce temps.

Comment fait on pour guérir de l'amour qu'on a perdu ?
Maintenant que les murs se sont construits autour de ce qu'on avait de plus précieux ?
Ma prison est en verre doré.

Je suis faite de la même matière que les rêves.

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20/5/2011 -

Elle se demande toujours.

 


C'est un essentiel qui se soustrait de plus en plus vite
Le silence et la peur se trompent chacun leur tour
Il n'y a qu'une toute petite pièce dans cette maison qu'ils habitent
Et tous les soirs se battent la terreur, la haine et l'amour.

C'est une évidence qui se veut blafarde et sans goût
Rien n'y fait, les dessins restent pâles et inconstants
Que se dire, si ce n'est que tout ira malgré tout
La poésie du mal finit toujours par séduire les innocents.

Infiltrée comme une intruse, sans bruit elle émulsionne
Et fait bouillir le sang du plus calme des bergers
Je ne suis rien, je ne suis personne
Et elle continue de me séduire en espérant me faire tomber.

Barbouillage et griffures s'entrelacent entre nous deux
Ma tête carillonne et refuse de s'engager dans la cadence
Il en faudrait peu, certainement pour être heureux
Malheureusement, je n'ai pas eu cette chance.


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16/5/2011 -

Minuscule

 

De la solitude.
Et des pleurs.
Et rien d'autre.

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